mercredi 31 octobre 2012

"Le terrorisme intellectuel" de Jean Sévillia (extrait)

" C'est un système totalitaire mais d’un totalitarisme patelin, hypocrite, insidieux. Il vise à ôter la parole au contradicteur, devenu une bête à  abattre. Abattre sans que coule le sang : uniquement en laissant fuser des mots. Les mots de la bonne conscience. Les mots des grandes consciences. Les mots qui tuent. Les circonstances varient, mais le procédé reste le même. Il consiste d'abord à imprimer dans l'imaginaire du pays  un archétype type du mal. Depuis la guerre, cette funeste figure a été incarnée par le raciste,  le capitaliste, l’impérialiste, le colonialiste, le xénophobe, le raciste, le partisan de l'ordre moral. Ces étiquettes, au minimum, déforment la réalité ; au pire, elles mentent. Collée par des mains expertes, elles revêtent un sens indéfini, dont l'élasticité permet d'englober tous que les idéologues vouent aux gémonies. "
 
"Ensuite, la technique habituelle conduit à assimiler l'adversaire à l'archétype du mal.. L’effet de cet amalgame est radicalement dissuasif : qui prendrait le risque, par exemple, d’être traité de fasciste ou de raciste ? L'accusation peut être explicite, ou s'effectuer par insinuation, ouvrant la porte aux procès d’intention : tout opposant peut être attaqué non sur ce qu'il pense, mais sur les pensées qu'on lui prête. Manichéisme oblige, une autre logique s’enclenche en dernier lieu : la diabolisation. Pas question de discuter pour convaincre : il s'agit d’intimider, de culpabiliser, de disqualifier. Le terrorisme intellectuel, on l'a dit, constitue un système. Mais un système diffus, multiforme, insaisissable. Il n'y a pas à chercher un complot derrière lui, ni un chef d'orchestre clandestin. D'ailleurs, il ne défend pas un thème unique, et ne représente  pas des intérêts nécessairement concordants. C’est une machine appuyée sur des connivences doctrinaires et des réseaux de génération, mais une machine aveugle."

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